Putch


La mer est aussi l'univers de Didier Puigségur dit Putch.

Ou plutôt la plage, ce confin entre la terre et la mer qui est, assure t'il, un 'territoire sacré'.

Et là, au bord de la manche, en Irlande, sur la méditerranée ou dans les Landes, celui qui se décrie comme un 'éboueur' y ramasse, comme un glaneur mythique, tout ce qu'il y trouve et qui lui parle: bois flottés, morceaux de fer, déchets de plastique, coquillages...

Epaves ou vestiges, traces, sculpteur, Putch assemble ces pièces, les brûle, les marie pour en tirer des êtres nouveaux comme surgis du monde maritime - poissons- ou des profondeurs fantasmatiques où se meuvent les divinités et les démons.

Totems et épouvantails, gueux absolus et mécréants métaphysiques. Il y a chez Putch, né en 1955, passé par l'école Boulle et les Arts Appliqués, d'abord peintre, admirateur de Tapiès par exemple, une parenté avec les sorciers de l'Afrique, ces autres sculpteurs de masques et de statues chargée de significations, autres chercheurs du sens caché.


Jacques BOUZERAND - 1992

photo Pierre Crié 1994 (FR3 Thalassa 1994)
photo Pierre Crié 1994 (FR3 Thalassa 1994)

PUTCH


L’utilisation du rebut et du déchet trouve son apogée dans les années 60.
Joseph BEUYS en Allemagne prophétise une nouvelle forme d’art et choque par l’humilité de ses objets (feutres, graisses, déchets, animaux morts).

Aux Etats-Unis où triomphe le Pop Art, certains artistes comme Robert RAUSCHENBERG ou Jim DINE utilisent les résidus de la société de consommation.

En France les Nouveaux Réalistes dénoncent la société industrielle et sa production outrancière : ARMAN ou SPOERRI s ‘approprient les poubelles de la civilisation.

Cet intérêt pour le matériau de récupération se retrouve dans les années 90 après une période triomphaliste et renaît un intérêt pour l’écologie, les minorités tiers-mondistes ou les dénonciations politiques (à travers Mike KELLEY, David HAMMONS, Tony CRAGG, Richard TUTTLE et certains artistes allemands).

 

Didier PUIGSEGUR dit PUTCH s’insère entre deux traditions. L’une issue du Dadaïsme et du Cubisme à tendance primitive (PICASSO et ses assemblages, SCHWITTERS et ses collages…) et l’autre plus contemporaine.

PUTSCH est un pèlerin. Il s’apparente à la famille des moines mendiants, des gueux du Moyen-âge, déambulant de ville en ville, vivant des aumônes et des objets trouvés, et gagnant par l’humilité de ces reliques, la voie purificatrice du pèlerinage de Saint-jacques de Compostelle.

Son univers est solitaire. Loin des villes et du bruit, il se recueille sur les longues plages de sable et de galets des Landes, d’Irlande, de Bretagne ou d’Inde.

Là, après vents et marées, une mer souveraine insère, broie, déchiquette l’humanité toute entière et ne laisse que ce qu’elle n’a pu digérer.
PUTCH nettoie, trie, sélectionne, dans un effort continuel bouteilles, ficelles, bidons, objets de toutes sortes. Ces objets portent déjà en eux l’histoire de leur propre dégradation. Leur matière, leur substance est modifiée par leur tourmente. Mais ils reviennent à l’homme, à celui qui prétendait s’en débarrasser. PUTCH nous renvoie à la souillure industrielle, à l’homme dans son rapport avec la nature et sa profanation.

Il devient l’archéologue de notre présent, tout en portant le poids de nos erreurs, comme la vouivre de ‘l’Ecume des jours’ de Boris VIAN qui, recueillant les ordures des hommes, acceptait le fardeau de leur honte.

Mais l’histoire de cette honte est aussi l’histoire d’une purification.

Si la démarche de PUTCH est critique, elle reste néanmoins poétique et spirituelle. A la manière de Richard LONG, ou des artistes de l’Arte Povera, son travail reste une déambulation, une incantation à la nature.

Guérisseur du monde, comme un shaman indien, il retire les hommes aux Dieux et aux forces célestes. L’élément liquide dans son immensité et sa plénitude, libre, érotique, mouvant, les lave de leurs péchés et livre à ce druide ‘aux semelles de vent’ les jouets de ses caresses et de ses dégoûts.

Ces objets malmenés et changés par leur parcours deviennent autres.

PUTCH leur rend en les décontextant de leur substrat utilitaire une  dimension d’unicité, d’originalité et de hasard.

Cette rencontre poétique et intime avec les objets trouvés l’amène à construire par assemblage des totems barbares et grotesques, drôles et primitifs, à la manière de certains artistes africains (Toto 1er du Connemara, Monseigneur Biterose…).

Mais sa véritable filiation se trouve chez PICASSO et il s’exerce avec une même inventivité, prodigalité, à créer avec des déchets plastiques de multiples sculptures anthropomorphes et zoomorphes (poissons) qui nous ravissent par leur poésie tragi-comique.

 

Véronique MAXE/ A.B.Galeries. Paris

photo Pierre Crié 1994 (FR3 Thalassa 1994)
photo Pierre Crié 1994 (FR3 Thalassa 1994)

PUTCH

 

Au-delà de l’ombre de l’imposant clocher, le sentier chaotique de l’Ouille accroché à la roche, abrite pêcheurs et promeneurs isolés dans leur face à face avec la mer.

 

Sur les traces de ses origines Catalanes, au gré d’autres côtes rocheuses, interpellée par la présence de corps étrangers abandonnés et rejetés, une silhouette se penche discrètement.

 

PUTCH, en vagabond des plages, dérobe, ramasse, entasse nos déchets.

 

Ils sont plastiques, organiques, chimiques, et, comme une ironie faite à leur sort, ils se transforment en poissons, une renaissance presque magique.

 

Ces totems identifiables par leur poésie, leur forme, leur couleur et leur odeur, sont des gardiens pudiques et sensibles d’une tribu imaginaire arrachée aux mers.

 

A contre-courant, en écoutant le chant du poulpe, rêvons d’un nouvel environnement, où, sous les déchets, nous découvrons… la plage.

 

Fabienne PLENET/Etude TAJAN (préface expo Château Royal de Collioure)


photo Pierre Crié 1994 (FR3 Thalassa 1994)
photo Pierre Crié 1994 (FR3 Thalassa 1994)

PUTCH

 

Une autre manière de retraiter les déchets.

 

PUTCH nettoie, trie, sélectionne, dans un effort continuel, bouteilles, ficelles, bidons, objets de toutes sortes. Ces objets portent déjà en eux l’histoire de leur propre dégradation.

 

Leur matière, leur substance est modifiée par leur tourmente. Mais ils reviennent à l’homme, à celui qui prétendait s’en débarrasser.

 

Ces objets malmenés et changés par leur parcours deviennent autres.
PUTCH leur rend en les décontextant de leur substrat utilitaire une dimension d’unicité, d’originalité et de hasard.

 

Cette rencontre poétique et intime avec les objets trouvés l’amène à construire par assemblage, des poissons barbares, drôles et primitifs, à la manière de certains artistes africains.

 

Sa véritable filiation se trouve chez PICASSO. Il s’exerce avec une même inventivité, prodigalité à créer avec des déchets, de multiples sculptures anthropomorphes.

 

Préface exposition de PUTCH  ‘Centenaire RHONE POULENC’

 

photo Pierre Crié 1994 (FR3 Thalassa 1994)
photo Pierre Crié 1994 (FR3 Thalassa 1994)